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MAJORITE PRESIDENTIELLE : L’Asma renforcé, le RPM grugé par son manque de vision

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Une difficile et inextricable équation politique se met en place, dans le landerneau politique malien, depuis l’éclatante victoire du président IBK pour un second et dernier mandat à la tête du pays : un agrandissement d’un front de cette victoire, l’ASMA-CFP, le parti du Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, au détriment du RPM, le parti au pouvoir, qui stagne. Voilà une reconfiguration de la classe politique qui se joue entre les alliés et les vainqueurs du jour et qui ne sera pas sans conséquence sur les relations politiques entre les deux mastodontes de la majorité, dans un futur très proche. Décryptage…
Après un quinquennat de toute vitesse, marqué par des défis sécuritaires de toutes sortes, et qui a vu le Président IBK se démêler sur tous les fronts, une situation exacerbée par les sottes d’humeur populiste d’une opposition en panne d’inspiration, beaucoup de Maliens attendaient que ce second et dernier mandat puisse imprimer un nouveau souffle à la marche de l’Etat. Pour cela, il aurait fallu que le président IBK puisse disposer, pour lui, des hommes engagés à relever les énormes défis auxquels le pays est confronté. La grande priorité politique, pour réussir un tel challenge ; à savoir le choix d’un Premier ministre, fusible par excellence pour supporter les coups de semonce des adversaires politiques, était tout trouvé pour IBK, en la personne de Soumeylou Boubèye Maïga. Celui-là même, grand artisan de la réélection d’IBK, qui vient d’être récompensé de ses efforts par la confiance en lui placée par l’homme de Koulouba pour remettre le gouvernement en place.
Pour l’essentiel, on ne peut pas dire que SBM a chômé depuis qu’il est aux commandes de la Primature, d’autant qu’en plus d’avoir tendu la main à certains caïds du RPM en difficulté, il a dû faire face à un front socio-politique bouillant. Un tel rôle de fusible et de tour de force pour certains cadres du parti au pouvoir, il l’a joué à fond. Tous les bons ou mauvais coups attribués à Soumeylou Boubèye Maïga ont concouru à la « dédiabolisation » du Président IBK. Une prouesse politique qui a contribué à le renforcer dans le giron présidentiel.
Avec le gain politique qu’il a récolté de la victoire du Président IBK, Soumeylou Boubèye Maïga a damé le pion à tous les autres caïds de la majorité présidentielle, tout en continuant à renforcer son capital de confiance avec le Président IBK. Ce dernier, pourtant avare en flatterie, n’hésitant pas à dresser en public des lauriers à son Premier ministre qui, lui, continuait à marquer sa présence auprès de ses compatriotes. De ce fait, SBM a suffisamment démontré qu’il n’est à l’aise qu’à des moments difficiles.
S’il bénéficie de cet atout favorable auprès du Président IBK, qui semble lui laisser les initiatives, SMB, de son côté, se voit une nouvelle dimension, celle de resserrer sa troupe. Une telle vocation lui réussit bien, car à la faveur des dernières joutes politiques à l’intérieur des partis, dans la perspective des législatives avortées, l’ASMA-CFP est devenu ce parti qui reçoit le plus grand nombre des transfuges politiques. Ces transhumants politiques lui viennent d’un peu partout dans le landerneau politique national, y compris des rangs du RPM qui est en passe de devenir le plus grand vivier politique du parti du Premier ministre, SBM. Très prisé, ce parti, hier lilliputien politique, est en passe aujourd’hui de bousculer les grandes formations. Désormais, c’est la chasse aux cadres politiques qui s’ouvre pour le parti du Premier ministre qui ne se prive plus de savourer son bonheur politique en public, en célébrant avec fanfare les nombreuses adhésions politiques en son sein.
La résultante de tout cela, c’est l’affaiblissement du RPM qui stagne dangereusement au même moment où l’ASMA-CFP se renforce. Si le Rassemblement pour le Mali, qui crie déjà à l’usurpation politique, accusant à demi-mot son allié du jour, ce dernier, ne pipant aucun mot, se plait bien dans sa nouvelle vocation politique, celle de renforcer ses bases.
Comment le RPM compte-t-il s’y prendre ? Beaucoup d’options politiques sont en jeu, nous a-t-on appris. Si certains dans l’entourage du parti dénoncent un coup politique porté contre le RPM, d’autres, plus pragmatiques, se refusent d’aller à une telle démission politique et pensent plutôt qu’il faut travailler sur le terrain pour sauver les meubles. De ce fait, selon eux, le combat qui vaille aujourd’hui, au sein du RPM, c’est de cultiver la cohésion en son sein et de travailler avec les alliés politiques, dans le cadre de l’EPM, pour renforcer la base sociale et politique du Président IBK pour lui permettre d’engager ses réformes pour la marche de l’Etat.
Dans ce jeu politique à sens unique, en faveur du Premier ministre, le RPM court un autre danger, celui de mettre en mal certains de ses caïds politiques qui, en dépit de leurs efforts dans la victoire d’IBK, sont tout simplement chassés de leurs postes, sans aucune garantie, pour eux, d’atterrir vers des destinations prisées. Le cas le plus emblématique est le départ du patron de la BMI, Abdrahamane Diakité, directeur de campagne d’IBK dans la région de Gao, qui n’a pas du tout démérité sur le terrain, en battant le pavé gaois pour son mentor de président vainqueur, lors de la dernière présidentielle.
Le président du parti, Dr. Bocary Tréta, aura-t-il les coudées franches pour redresser la trajectoire politique de son parti face à cette nouvelle épreuve vis-à-vis du parti du Premier ministre ? Ce dernier serait-il bien prévoyant, en fin tacticien politique, pour ne pas vexer les susceptibilités politiques au sein de la majorité présidentielle ? Ce sont là des défis politiques majeurs, auxquels les partis de la majorité présidentielle sont confrontés, et sur lesquels, bien ou mal négociés, l’avenir de leur destin commun se jouera, dans un futur très proche.

Oumar KONATE